• Lenny Kessler

Interview : Eric Mookherjee - ESG & Marchés Émergents

Mis à jour : 22 juin 2020

Après avoir évoqué la nécessité d'une finance responsable dans nos premiers articles (Conscience versus volatilité ? et Un avenir radieux !), nous donnons la parole aux femmes et aux hommes qui participent à la “responsabilisation” de la finance.


Pour le premier épisode de notre série d’interviews, rencontrons Eric Mookherjee, associé fondateur chez Siddhartha Asset Management et fondateur de PrimeRadiant. Spécialiste de l’allocation d’actifs et des marchés émergents, Éric est gérant de fonds depuis plus de 30 ans. Il a aussi été CIO plus de 15 ans.


Pourquoi une approche ESG ?


En réalité, la question d’un développement équitable et durable n’est pas nouvelle. On se souvient, pendant l’apartheid, du boycott de l’investissement en Afrique du Sud par les investisseurs américains. La lutte des ONG et des hommes de bonne volonté n’est pas suffisante ; il faut y ajouter le poids du capital pour faire pencher la balance. Le chemin à faire est encore très long, mais mieux vaut du green-washing que rien – du moins au début.

Il y a plus de 10 ans, quand ma société de gestion avait un bureau de recherche en Inde, nous avions déjà orienté nos fonds et nos analyses en fonction de critères ESG.

A l'époque, échanger sur ces sujets avec les dirigeants d’entreprises était très difficile.

Par exemple, quand on demandait à un fabricant de pneus ultra-compétitif comment il traitait les déchets de son activité au demeurant très polluante, nous n’avions pas de réponse. De même quand on parlait de l’accès à des soins pour les ouvriers d’une entreprise textile, l’interlocuteur se fermait, y compris par la suite sur les sujets financiers.


Comment fais-tu de l’ESG aujourd’hui ?


Siddhartha Asset Management, la société que j’ai co-fondée à Singapour avec des associés de longue date, a relancé un fonds émergent il y a six mois avec Sanso IS, l’un des leaders français en la matière (Siddhartha Sustainable Emerging Equities). L’ESG est aujourd’hui beaucoup plus présente dans le dialogue avec les sociétés. La récurrence de ces questions de la part d’un investisseur est comprise. Ce qui évolue peu, c’est la réalité extraordinairement diverse du monde émergent.

Il est impossible d’appliquer un filtre rigide et d’évaluer toutes les entreprises avec une même métrique !

Comment t’adaptes-tu ?


Pour réaliser un questionnaire à destination d’un pays émergent, on peut utiliser les questions classiques, celles que l’on poserait à toute société d’une économie développée. Mais il faut anticiper certaines différences. Par exemple, il faut à mon avis admettre qu’une société chinoise n’ait guère de réponse sur la liberté syndicale ou la liberté d’association. Sur la question de l’utilisation des ressources, du packaging, etc. une seule réponse positive est suffisante dans un pays à niveau de vie très bas. Cela suffit à témoigner d’une réelle volonté, même si elle ne peut pas s’exercer sur tous les fronts. Nous avons par exemple rencontré une société de construction indienne qui, consciente des problèmes de sécurité, a distribué un équipement complet à ses employés incluant des chaussures renforcées. Mais ces populations étant habituées à vivre pieds nus, les employés découpent les semelles de sorte que si les chaussures sont bien visibles, elles sont tout à fait inutiles.


Nous utilisons donc une méthode qui autorise un set de réponses hétérogènes.


En quoi est-ce important pour toi ?


Je trouve - comme beaucoup de personnes - que notre monde s’est vraiment durci. Que les discours sont inquiets, souvent découragés ou angoissés. La chance que nous avons est qu’il n’existe pas de prévision correcte en la matière. Je pense par exemple depuis très longtemps qu’une percée technologique dans le domaine de l’énergie résoudrait une très grande partie de nos graves problèmes environnementaux : le réchauffement, l’accès à l’eau et presque tous les autres. Il suffit pour s’en convaincre de voir l’exposé qu’en fait Jean-Marc Jancovici.

L’histoire n’est faite que de changements considérables et surtout inattendus (moteur à explosion, chemin de fer, internet...).

Gardons à l’esprit que nous ne pouvons pas tout prédire et agissons. Agir est une condition nécessaire ! Et c’est peut-être aussi une condition suffisante.







En quoi est-ce important pour toi ?

Comme beaucoup d’observateurs du monde, je trouve qu’il s’est beaucoup durci et que les discours sont devenus inquiets, voire découragés, angoissés. La chance que nous avons est qu’il n’existe pas de prévision correcte en la matière.

L’histoire n’est faite que de changements considérables et surtout inattendus.

Donc gardons cela à l’esprit et agissons, c’est une condition nécessaire et qui sera peut-être même suffisante.

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