• Lenny Kessler

Un avenir radieux !

Quand la Finance Responsable Devient la Norme


La crise du COVID-19 nous oblige à revoir nos priorités. La Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, ou COP26, a été reportée à 2021. Mais ne doutons pas que le changement climatique reste une priorité et je suis convaincu que le temps de l’action est arrivé.


Le problème a toujours été celui d’arbitrer entre le coût de transition et le coût d’adaptation. Le coût de transition est un coût réel qui doit être payé pour transformer nos organisations sociales et les rendre durables… idéalement avant que le pire ne se produise. C’est un coût immédiat et, à mon avis, souvent surestimé. Le coût d’adaptation est le prix qu’il faudra payer pour s’adapter aux nouvelles réalités quand elles se présenteront. Cette dépense future est largement sous-estimée.


Pourquoi payer pour la transition s’il sera moins cher de s’adapter plus tard ? La transition implique le changement et le changement est toujours inconfortable. Alors procrastinons, dansons et profitons de la musique encore un peu…


Le COVID-19 nous ramène à la réalité. Nous avons un aperçu de ce qu’implique le coût d’adaptation. Et c’est douloureux !

Certains diront que le COVID-19 n’a rien à voir avec le changement climatique et que ces deux crises sont incomparables car de natures différentes. D’autres chercheurs affirment le contraire (en anglais , et ). Mais là n’est pas l’essentiel : si le changement climatique est un danger plus diffus et moins immédiat, les deux dangers représentent des ruptures de nature physique à l’échelle globale qui ne peuvent être ignorées.


JP Morgan estime que l’impact du COVID-19 sur nos vies est comparable à un réchauffement global de 2°C. Deux degrés ! C’est l’objectif des accords de Paris. Notre objectif commun est un monde dans lequel la situation exceptionnelle d’aujourd’hui deviendrait la norme… Et encore faut-il atteindre cet objectif qui semble aujourd’hui pour le moins ambitieux.


Rappelons que les ruptures de nature physique sont par définition non-linéaires ; l’impact d’un réchauffement de 4°C n’est pas deux fois l’impact de 2°C. C’est bien pire. La différence de température entre aujourd’hui et l’ère glaciaire n’est que de 5°C…


Après tout, le coût de transition n'est peut-être pas si élevé. Et puisqu'on est déjà dans le changement... autant continer le mouvement !

La finance responsable est une niche de la finance en forte croissance qui comprend les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), l’investissement socialement responsable (ISR), l’investissement à impact, etc. Tous les aspects qui l’empêchait de devenir la norme sont en train d’être adressés et dans certains pays, dont le France, les investisseurs institutionnels ont déjà commencé à réorienter leurs portefeuilles pour être 100% responsables. Nous avons clairement dépassé la prise de conscience et un cadre règlementaire solide est en train d’être mis en place.


L’Europe est en première ligne de ces changements (en tout cas à une échelle significative). En décembre, la Présidente de la Commission, Ursula van der Leyen annonçait le Pacte Vert pour l’Europe, une feuille de route pour rendre l’économie européenne durable. En mars, la législation européenne sur le climat a été votée et entérine l’objectif de neutralité carbone pour 2050 et la mise en place d’une taxe carbone sur les importations pour prévenir les “fuites de carbone”. Dans le même temps, des analyses d’impact on été lancées pour évaluer l’opportunité de rehausser l’objectif de 2030 d’une réduction des gaz à effet de serre de 40% (versus 1990) à 50 ou 55%.


Le mois dernier, la Commission a publié son plan d'action de la Commission pour une économie plus verte et plus propre. C’est un plan en dix points avec des objectifs concrets comme celui de clarifier l’obligation de tenir compte des aspects de durabilité dans les processus d’investissement, ou celui d’intégrer la durabilité dans les exigences prudentielles. Par exemple, la première action prévue vise à établir un langage commun pour la finance durable, via un système de classification unifié de l'UE. Cette Taxonomie est publiée et peut guider les prochaines actions. Ce plan comprend donc tout ce qu’il faut pour que la “finance responsable” devienne tout simplement la “finance”.

Le climat était clairement à l'ordre du jour avant le COVID-19. Le cadre réglementaire est prêt et la crise actuelle sera le déclencheur d'une implémentation à grande échélle !

En occident, nous avons grandi avec l’idée que si chacun agissait dans son intérêt propre, l’intérêt du groupe serait satisfait et le monde trouverait son équilibre optimal. Certes, les économistes reconnaissent qu’il existe des “externalités négatives”. Mais elles ne sont pas systématiquement prises en compte et on laisse souvent à “d’autres” le soin de s’en occuper. Ceci conduit à la tragédie des biens communs (de Garrett Hardin) où l’action individuelle peut aller à l’encontre du bien commun. Quelque fois, un ordre supérieur est nécessaire pour obliger une action individuelle. Aujourd’hui, nous devons tous payer un prix modeste (rester chez nous) pour sauver autant de vies que possible. Sur ce sujet, on pourra lire l’excellent article (en anglais) de Nassim Taleb.

La semaine dernière, la Commission Européenne organisait en direct une session de questions-réponses. Le porte-parole a été très clair : le défit immédiat est de sauver autant d’emplois que possible et l’Europe fera “whatever it takes”, c’est-à-dire tout ce qu’il faudra, sans limites. Les robinets sont ouverts. Malgré cela, l’économie aura besoin d’un plan de relance d’envergure dès la fin de la crise. Ce plan sera intégré au Pacte Vert pour l’Europe et compatible avec la Taxonomie. Et gageons que ce plan sera proportionnel au besoin : colossal !


Je me suis essentiellement focalisé sur l’Europe, mais des dirigeants du monde entier arrivent à des conclusions similaires et suivent le même chemin. Il y a bien des sceptiques et d’autres dont l’horizon est raccourci par la crise actuelle. C’est malheureux. Mais l’économie durable devient aussi une affaire d’argent avec d’énormes potentiels de profits et j’espère que lorsque la poussière du COVID-19 sera retombée, la plupart des pays suivront.


Avec des taux d'intérêt quasi nuls, il n'y a jamais eu de meilleur moment pour investir dans notre avenir !

Nous ne sommes pas prêts pour un réchauffement climatique de 2°C et atteindre cet “objectif” demande une baisse historique des émissions de CO2 année après année après année, dès aujourd’hui. J’ai bien conscience de l’ampleur du challenge. Mais ce challenge est aussi une opportunité historique de réinventer notre monde pour en faire un monde meilleur !


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